E-commerce ou hyper-local : quels facteurs vont influencer les vins et spiritueux en 2030 ?
20 juillet 2022Par Vinexposium
SYMPOSIUM ACT FOR CHANGE
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RESTITUTION #8
21 JUIN 2022
SYMPOSIUM « ACT FOR CHANGE »
TABLE RONDE : « E-COMMERCE OU HYPER-LOCAL :
QUELS FACTEURS VONT INFLUENCER LES VINS ET LES SPIRITUEUX EN 2030 ? »
(Vidéo uniquement en anglais)
INTRODUCTION
Les 20 et 21 juin 2022, professionnels et experts internationaux se sont réunis à La Cité du Vin à Bordeaux pour la deuxième édition du Symposium « Act for Change ». Deux jours de débats pour décrypter les grandes évolutions et les impacts sur la production et la distribution des vins et spiritueux à l’horizon 2030. L’occasion de se retrouver pour échanger et pour mieux se préparer, ensemble, aux enjeux qui attendent le monde du vin dans les prochaines années.
Pendant cette table ronde, les intervenants ont discuté de l’impact des différentes évolutions du marché sur la production et la vente de vin. Le développement du numérique et la recherche d’une consommation toujours plus locale bouleversent le secteur. Comment le boom du e-commerce a-t-il fait évoluer le monde du vin ? Quelles pistes faut-il privilégier pour permettre aux technologies de répondre aux besoins du consommateur ?
INTERVENANTS
Patrick Schmitt MW, rédacteur en chef de The Drinks Business, modérait le débat entre cinq intervenants : Pam Dillon, co-fondatrice et PDG de Preferabli ; Felicity Carter, rédactrice en chef de Pix ; Fabrice Bernard, Président de Millesima ; Anthony Maxwell, directeur commercial de Liv-Ex et Roland Peens, spécialiste en vins fins à Strauss & Co Fine Wine.
THÉMATIQUE : E-COMMERCE OU HYPER-LOCAL : QUELS FACTEURS VONT INFLUENCER LES VINS ET LES SPIRITUEUX EN 2030 ?
DÉVELOPPEMENT DU E-COMMERCE : QUELS IMPACTS SUR LE SECTEUR DES VINS ET DES SPIRITUEUX ?
Le Covid, et la numérisation qu’il a impliquée, a bouleversé le marché. En 2020, le prix moyen d’une bouteille s’élevait à 44 euros. Aujourd’hui, il est d’environ 54 euros. Chez Millesima, on note, par exemple, une augmentation de la vente de vins en provenance de Provence : avant la crise sanitaire, ils représentaient 1% de notre chiffre d’affaires. En septembre 2020, c’est devenu 6% de notre chiffre d’affaires. En l’espace de deux ans, nous avons doublé notre chiffre d’affaires. Ce qui a été marquant pendant cette période, c’est également de voir que les clients ont testé beaucoup plus de produits qu’en temps normal : le confinement a permis de développer une curiosité du consommateur sur des vins qu’il ne goûte pas habituellement.
(Fabrice Bernard, Président de Millesima)
Le problème qui s’est posé avec la crise sanitaire, c’est le paradoxe du choix. Il y a des millions de références de vins, de bières, de spiritueux. Ce qui équivaut à des quantités énormes de données à traiter numériquement. L’être humain n’est pas capable de traiter toutes ces informations, tous ces historiques de vente, ces inventaires, ces notes des utilisateurs. Avec notre plateforme, nous les agrégeons et nous les utilisons pour identifier les préférences des clients. L’enjeu principal du développement du e-commerce est de numériser le secteur du vin et de créer une plateforme adaptée. Les trois-quarts des vins et spiritueux sont encore vendus dans des lieux physiques et ces lieux ne vont pas disparaître du jour au lendemain. La crise du covid a accéléré un processus qui était déjà en route. Il faut aujourd’hui aller plus loin, rassembler diverses technologies, intelligences artificielles et réussir à créer des expériences digitales. Ces outils permettent aussi aux petits producteurs d’aller chercher des clients qui ne sont pas juste à côté de chez eux, des consommateurs du bout du monde.
(Pam Dillon, co-fondatrice et PDG de Preferabli)
Le e-commerce est très peu développé en Afrique du Sud. Pendant les premières semaines du confinement, nos ventes se sont multipliées par 6 ou 7. Au fur et à mesure du confinement on a vu de nouveaux entrants sur le marché. Nous avons commencé les ventes aux enchères en ligne en 2020 et, à notre grande surprise, des bouteilles se sont vendues 3 à 4 fois plus cher que ce que nous attendions. Le nombre de concurrents sur le marché a considérablement augmenté ces dernières années.
(Roland Peens, spécialiste en vins fins à Strauss & Co Fine Wine)
Avant la pandémie, l’idée d’adopter des mesures pour la transparence sur les ventes relevait du défi pour la filière. Grâce à la transparence mise en place sur Liv-Ex, place de marché mondiale du commerce du vin, nous avons essayé d’aider à la croissance des entreprises. Les personnes cherchaient de nouvelles idées pour interagir, ce qui a mené à une grande acceptation de nos services du côté de nos membres.
(Anthony Maxwell, directeur commercial de Liv-Ex)
Au fur et à mesure que les frontières fermaient, les gens stockaient du vin et ne savaient plus comment le vendre. Ceux qui étaient déjà présents sur la vente en ligne ont vendu beaucoup de bouteilles. Ils ont découvert qu’il fallait faire attention à leur marché local et ils se sont rendu compte qu’ils avaient négligé la proximité. En ligne, les opérations peuvent se faire rapidement, mais plus il y a d’acteurs, plus c’est difficile de se faire remarquer. Le gros enjeu pour les producteurs de vin qui vendent en ligne est de savoir comment les gens découvrent leur site sur Internet. C’est compliqué d’être reconnu et bien référencé par Google. Si on est un petit acteur, comment se faire remarquer dans l’océan du e-commerce ? Il existe toute une série de compétences à acquérir avant de se lancer.
(Felicity Carter, rédactrice en chef de Pix)
LE E-COMMERCE A BOULEVERSÉ LA RELATION AVEC LE CONSOMMATEUR
Quand on achète un vin, c’est pour connaître son histoire. Il faut que le e-commerce puisse permettre de raconter des histoires autour du vin. Le client a un peu évolué avec la crise sanitaire, mais pas autant qu’on peut le penser. Avant le covid, 85% de nos nouveaux clients achetaient des vins en provenance d’une seule région. Maintenant c’est moins de 60%. Pour Millesima, c’est une bonne chose : le client est plus intéressant pour nous quand il achète des vins de différentes régions. Pendant le covid, les gens ont voulu goûter des vins de tous les pays. On vend notamment plus de magnums, plus de grandes bouteilles.
(Fabrice Bernard, Président de Millesima)
Notre approche consiste à regarder ce que ferait un expert humain et à utiliser l’outil numérique pour aider le consommateur à choisir. Prenons l’exemple d’un sommelier : auquel on expose le type de vin recherché ; il sait nous en proposer trois ou quatre semblables. Sur notre plateforme, nous allons faire des calculs de produits semblables. Nous prenons en compte différents facteurs permettant de guider les consommateurs dans leur choix. Nous déployons également des outils comme les e-mails et les newsletters qui ne plus ciblées comme auparavant mais plutôt assez généralistes. Aujourd’hui, grâce à notre plateforme, on peut connaître le genre de contenu recherché par les consommateurs. Grâce à la technologie, il faut valoriser ce contenu et les histoires autour du vin. Quant aux consommateurs les plus jeunes, ils ne veulent plus parler avec des experts du vin car ils ont l’impression d’être méprisés. Les outils numériques peuvent aussi nous permettre de nous rapprocher de ce jeune public.
(Pam Dillon, co-fondatrice et PDG de Preferabli)
Sur le marché sud-africain, nous avons deux façons principales d’attirer l’attention des consommateurs : les bonnes notes des critiques et la proximité avec le producteur ou le vigneron. Les notes des experts ont donc toujours leur importance aujourd’hui. Par exemple, un vin, qui a obtenu récemment 100 points sur la note d’un critique, a vu son prix être multiplié par 4. Quant aux vignerons, ils construisent une relation numérique avec le client et c’est très important sur notre marché. Pour les consommateurs les plus jeunes, les influenceurs ont toute leur place pour développer le marché.
(Roland Peens, spécialiste en vins fins à Strauss & Co Fine Wine)
Le consommateur a le pouvoir de choisir grâce au e-commerce ; il peut choisir le vin qu’il va consommer un samedi soir chez lui, et il a l’embarras du choix. Au cours des 20 dernières années, Internet nous a aidé à aller vers un marché plus transparent, moins opaque dans le monde du vin. Si nous apportons de la transparence autour du prix et des données qualitatives, nous pouvons faire de ce marché un peu niche un marché bien plus large.
(Anthony Maxwell, directeur commercial de Liv-Ex)
QUELS ENJEUX POUR L’AVENIR DU E-COMMERCE DANS LE MONDE DES VINS ET SPIRITUEUX ?
Les NFT et les blockchains peuvent être des solutions intéressantes pour le futur. Il faut aussi pouvoir développer une grosse base de données partagée par tous les acteurs (détaillants, producteurs, négociants) du secteur du vin.
(Fabrice Bernard, Président de Millesima)
Nous allons avoir une consolidation du marché, mais la plus grosse évolution d’ici 10 ans sera le nombre de plus en plus important d’acteurs focalisés sur le client plutôt que sur le produit. Il faut inverser cette vision dès aujourd’hui. Ce qui compte c’est aussi l’interaction humaine, l’humain tout court. À travers les réseaux sociaux, nous pouvons aussi introduire une part d’interaction ; le magasin n’est pas le seul outil permettant d’offrir aux clients des interactions concrètes. Le numérique va permettre d’accélérer la magie autour de l’histoire du vin, les technologies peuvent contribuer à raconter ces histoires.
(Pam Dillon, co-fondatrice et PDG de Preferabli)
Je pense que l’avenir est à la finance décentralisée. Même si le phénomène est encore très émergent, les grands vins seront sur blockchain dans les années à venir. Pour les intermédiaires, cela sera plus difficile, car l’accès direct aux plateformes de vente sera plus facile pour les producteurs. Pour l’instant c’est encore tôt dans l’adoption de cette technologie, les gens ont encore besoin de voir quelqu’un derrière la transaction. Certains amateurs adorent écrire sur leur collection de vin et dans peu de temps il sera possible de montrer sur une plateforme sa collection sous forme de NFT. On pourra être assis dans son salon et voir d’une autre façon la collection de vins d’un collectionneur.
(Roland Peens, spécialiste en vins fins à Strauss & Co Fine Wine)
D’après moi, la question principale de ces prochaines années pour les grands vins c’est de chercher des moyens d’immobiliser les caisses de vin. Une bouteille de vin peut changer de pays une dizaine de fois au cours de sa vie et c’est un non-sens environnemental. Avec Liv-Ex on stocke des bouteilles de vins pour nos clients. A l’avenir, je crois qu’il faut créer des entrepôts en réseau, avec un bon suivi, et potentiellement une anonymisation. L’un des autres défis réside dans le fait que tout le monde dans la chaîne logistique dispose d’une base de données. Néanmoins, les outils numériques permettent de réduire les barrières à tous les niveaux et de donner le pouvoir de décision et le choix au consommateur.
(Anthony Maxwell, directeur commercial de Liv-Ex)
Je ne pense pas que l’activité du e-commerce puisse être menacée par de petits acteurs entrant sur le marché numérique. Il faut du temps, de l’expertise et des salariés pour avoir une bonne plateforme de vente. Les petites entreprises ne peuvent pas le faire. Ce serait catastrophique d’aller vers plus de concentration de la filière vin. Je ne crois pas que la concentration soit une bonne chose. Mais concernant l’avenir du e-commerce, mon optimisme est intact, surtout sur la transparence qui est un point clé de développement et qui apporte beaucoup au marché.
(Felicity Carter, rédactrice en chef de Pix)
A propos de Vinexposium
Vinexposium est née de l’union de Vinexpo et du pôle vin de Comexposium et devient ainsi le premier organisateur mondial dédié aux vins et spiritueux avec un portefeuille d’événements emblématiques et reconnus et une offre digitale disponible 365 jours par an.