L’agroécologie en matière de production : quelles innovations attendre à l’avenir ?
July 12, 2022Par Vinexposium
SYMPOSIUM ACT FOR CHANGE
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RESTITUTION#7
21 JUIN 2022
SYMPOSIUM « ACT FOR CHANGE »
TABLE RONDE : « L’AGROÉCOLOGIE EN MATIÈRE DE PRODUCTION :
QUELLES INNOVATIONS ATTENDRE À L’AVENIR ? »
Vidéo uniquement en anglais
INTRODUCTION
Les 20 et 21 juin 2022, professionnels et experts internationaux se sont réunis à La Cité du Vin à Bordeaux pour la deuxième édition du Symposium « Act for Change ». Deux jours de débats pour décrypter les grandes évolutions et les impacts sur la production et la distribution des vins et spiritueux à l’horizon 2030. L’occasion de se retrouver pour échanger et pour mieux se préparer, ensemble, aux enjeux qui attendent le monde du vin dans les prochaines années.
Face aux enjeux climatiques contemporains et à la nécessité de rester pertinents et compétitifs sur un marché en constante évolution, le besoin d’innovations en matière d’agroécologie se fait ressentir. Alors que cette notion convoque toute une galaxie de réalités diverses et de croyances, les réglementations la concernant avancent à grands pas et influencent, voire contraignent parfois, les pratiques dans la viticulture. Des solutions high-tech au retour aux fondamentaux, l’agroécologie se réinvente et se redéfinit sous l’impulsion d’acteurs désireux de la rendre accessible au plus grand nombre. En introduction de la table ronde, Lydia Héraud, conseillère régionale déléguée à la viticulture et aux spiritueux de la Région Nouvelle-Aquitaine, a pu rappeler l’importance de développer au plus vite un écosystème de solutions accessibles et durables pour s’adapter aux changements climatiques et faire émerger de nouvelles pratiques à impact positif dans l’agriculture et la viticulture.
INTERVENANTS
Lydia Héraud, conseillère régionale déléguée à la viticulture et aux spiritueux de la Région Nouvelle-Aquitaine, a introduit cette table ronde. Cette session a été modérée par Tamlyn Currin, journaliste pour JancisRobinson.com. Autour de la table se trouvaient Katie Jackson, vice-président Développement Durable au sein de Jackson Family Wines, Ilai Englard, co-fondateur et PDG de Trellis, Marc Raynal, animateur de l’UMT SEVEN pour l’Institut Français de la Vigne et du Vin, Rachel Kolbe Semhoun, responsable Développement Durable pour InVivo et Jessica Villat, spécialiste de la viticulture durable et régénératrice.
THÉMATIQUE : L’AGROÉCOLOGIE EN MATIÈRE DE PRODUCTION : QUELLES INNOVATIONS ATTENDRE À L’AVENIR ?
INNOVER POUR UNE INDUSTRIE PLUS RÉSILIENTE
Au sein de la branche Développement Durable de Jackson Family Wines, nous poursuivons l’objectif de décarboner au maximum notre production d’ici 2050, en initiant une démarche positive pour les générations futures. Pour cela, nous employons divers outils, dont la co-fondation d’une organisation, l’International Wineries for Climate Action (IWCA), qui permet le partage d’informations et de connaissance entre les acteurs du vin en vue de réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de construire des actions positives. Nous développons également un "calculateur", en accès libre et gratuit, permettant de mesurer l’empreinte carbone de son domaine. Afin de favoriser et de préserver la biodiversité, nous encourageons aussi le développement des forêts et des surfaces agricoles là où c’est possible. Jusque-là, nous n’avons constaté aucun impact négatif sur l’ensemble des solutions proposées. C’est pourquoi nous sommes convaincus qu’elles permettront à l’agriculture et à la viticulture d’être plus résiliente, d’avoir une vigne de meilleure qualité et des sols préservés.
(Katie Jackson, Vice-Président Développement Durable au sein de Jackson Family Wines)
Notre entreprise, Trellis, se consacre à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour augmenter la productivité, réduire les risques et améliorer la durabilité dans les domaines de la viticulture et de l’agroalimentaire. L’envie de contribuer à des projets à impact positif, c’est un petit peu ce qui nous a poussés à nous investir dans ce projet ; nous étions un peu las des projets et des entreprises de la “tech” qui ignoraient ces questions. En travaillant au plus proche des acteurs de l’industrie du vin, nous avons identifié plusieurs leviers technologiques qui apportent des solutions positives aux viticulteurs : la prévision, l’aide à la décision et l’automatisation. Ces outils ne remplacent en aucun cas l’expertise humaine. Au contraire, ils grandissent grâce à celle-ci. Et les conséquences positives sont presque instantanées. Il y a du gâchis partout, à toutes les étapes de la chaîne de production. L’analyse des données permet de réduire ses pertes et ainsi de réaliser des économies, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et plus globalement de glisser vers une approche intégrée plus globale qui prend mieux en compte les systèmes en place et les interactions possibles.
(Ilai Englard, Co-fondateur et PDG de Trellis)
Au sein de l’équipe UMT SEVEN, composée de chercheurs de l’INRAE, de Bordeaux Sciences Agro et de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, nous essayons d’agir sur trois sujets principaux : l’assurance, la compréhension des maladies principales de la vigne et l’étude de la reproductibilité de ces maladies. Cela nécessite le développement d’outils spécifiques, mais aussi une collaboration étroite avec différents acteurs pour accompagner et protéger les viticulteurs. Actuellement le rapport risques-bénéfices des solutions innovantes en agroécologie n’est pas assez intéressant pour initier un changement important. Les viticulteurs n’utilisent pas de pesticides chimiques par plaisir, ils n’ont simplement pas d’autres choix économiques intéressants. Aujourd’hui, nous avons des outils à disposition, mais il est nécessaire de nous réunir et d’échanger pour faire émerger de nouvelles pratiques.
(Marc Raynal, Animateur de l’UMT SEVEN, Institut Français de la Vigne et du Vin)
InVivo est un groupe coopératif agricole, reconnu en tant que “société à mission”. C’est-à-dire que nous avons légalement l’obligation de mener des actions pour créer une agriculture plus durable et résiliente. Pour cela, nous travaillons essentiellement sur la traçabilité des produits et sur la mesure de l’impact des solutions afin de démontrer l’utilité de ces solutions et d’encourager les agriculteurs et les viticulteurs à les adopter. Évidemment, une même solution ne fonctionne pas nécessairement pour tout le monde. C’est pourquoi nous avons besoin de données, afin de permettre aux viticulteurs d’évaluer les bonnes solutions pour leur domaine spécifique. Parmi les projets développés, nous avons notamment travaillé sur l’agrivoltaïsme qui montre des résultats intéressants. Non seulement cela permet de diversifier ses revenus en produisant de l’énergie, mais cela permet également de créer des zones d’ombre, de changer l’humidité du sol et donc la qualité de la vigne.
(Rachel Kolbe Semhoun, Responsable Développement Durable au sein de InVivo)
Dans le cadre de ma thèse « Down to Earth: Identifying and Promoting Regenerative Viticulture Practices for Soil and Human Health » (Terre à terre : Identifier et promouvoir des pratiques régénératrices en viticulture pour le sol et la santé humaine), je me suis intéressé à deux sujets majeurs : l’identification et la définition des pratiques régénératives, et les barrières existantes pour les viticulteurs qui essayent de les adopter. Neuf pratiques régénératives ont pu être identifiées. Non seulement nous avons réussi à prouver l’utilité réelle de ces pratiques pour la décarbonisation, mais en plus, nous avons pu identifier leur effet cumulatif. En les combinant, l’impact positif est décuplé. Concernant le profil des viticulteurs qui emploient ces méthodes, nous observons qu’ils se concentrent vraiment sur une vision à long terme de préservation des sols. Il est très important pour eux de se trouver à proximité de leur lieu de production. De plus, ils possèdent généralement des domaines de taille modeste, ce qui leur permet d’être plus flexibles et de ne pas employer des moyens techniques trop importants.
(Jessica Villat, Spécialiste de la viticulture durable et régénératrice)
LES RÉGLEMENTATIONS : UNE CONTRAINTE OU UNE AUBAINE POUR L'AGROÉCOLOGIE ?
Aujourd’hui, l’une des choses les plus importantes à faire est d’expérimenter, ce qui présente une certaine part de risques. Les réglementations peuvent représenter une contrainte, mais nous devons faire avec. Ce n’est pas si aisé de passer d’un paradigme à l’autre. Quand nous testons de nouvelles choses, nous devons échanger et nous adapter constamment. Concernant notre volet “Assurance”, la difficulté principale est administrative. Mais plus largement, il ne faut pas oublier que notre système viticole actuel a été bâti sur les produits chimiques. Nous avons tellement intégré ces pratiques que les viticulteurs ne savent pas toujours comment faire sans. C’est pourquoi nous devons continuer de les accompagner et de développer des outils.
(Marc Raynal, Animateur de l’UMT SEVEN, Institut Français de la Vigne et du Vin)
Les réglementations ont aussi un aspect positif, car elles nous encouragent parfois à avancer sur certains sujets. Elles peuvent initier le changement. La barrière principale au changement reste la prise de risque ; enlever un outil aux viticulteurs crée de la nervosité. L’objectif, c’est d’aller vers des solutions non pas “sans risque”, mais “sans regret”. En accumulant plus de connaissances, nous pouvons créer un environnement d’expérimentation.
(Rachel Kolbe Semhoun, Responsable Développement Durable au sein de InVivo)
SORTIR D’UNE APPROCHE DESCENDANTE POUR ALLER VERS UN APPRENTISSAGE PLUS COLLECTIF
Dans la culture japonaise, il existe le terme “Shizen”, qui désigne la nature, mais peut être traduit par “l’ensemble des choses et des êtres”. C’est un concept intéressant, car c’est une approche systémique et collective de la nature et non une entité individuelle comme dans la culture occidentale. Pour dégager des solutions collectives, qui ont un impact réel à toutes les échelles, il faut apporter cette diversité des cultures et des points de vue. Elle permet d’adopter un nouveau regard sur nos problématiques et de prendre de la hauteur sur l’écosystème qui est à l'œuvre. Pour aller vers une éducation plus collective, il faut reconnaître l’importance des autres points de vue et faire preuve d’humilité. Cela signifie également faire travailler ensemble les grands et les petits producteurs. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, de très nombreuses solutions en agroécologie ne sont pas coûteuses et s’appuient sur ce qui est déjà existant. Chacun a donc sa place dans cet effort collectif.
(Jessica Villat, Spécialiste de la viticulture durable et régénératrice)
Un changement de relation s’opère entre les producteurs, les techniciens, les experts et les consommateurs. Il faut comprendre que personne ne connaît de solution miracle aujourd’hui, nous construisons de nouveaux modèles. Bien entendu, nous nous basons sur nos savoirs existants, sur des données historiques et la technologie peut nous aider pour cela. Mais le message principal, c’est que nous ne sommes plus dans un contexte “un problème, une solution”. C’est un ensemble de pratiques et toute une culture qu’il faut initier pour opérer un réel changement. Pour réaliser cela, nous favorisons la création de réseaux d’entraide, avec une approche orientée vers de petites solutions peu coûteuses.
(Rachel Kolbe Semhoun, Responsable Développement Durable au sein de InVivo)
Pour adopter une communication moins descendante, il faut partager le fait que, en tant que chercheur, nous ne savons pas faire certaines choses. Cela est très important et permet de ne pas nous enfermer dans une position et d’apprendre des autres. Il est aussi primordial de voir ce qui se fait ailleurs, de communiquer à l’international, mais toutes les solutions ne fonctionnent pas de la même manière partout. C’est pourquoi les réseaux internationaux sont importants.
(Marc Raynal, Animateur de l’UMT SEVEN, Institut Français de la Vigne et du Vin)
Les générations précédentes savaient que tout était lié. Je pense que la recherche s’oriente dans cette direction, avec plus de transversalité. Le Covid nous a appris qu’il y a encore des choses que nous ne savons pas gérer, mais nous nous adaptons rapidement. Nous avons expérimenté, nous nous sommes parfois trompés. L’usage de l’IA nous permet de raccourcir les cycles d’apprentissage pour optimiser la prise de décisions. Mais cette technologie doit interagir avec des experts, elle ne peut pas apporter des solutions par elle-même. Donc il faut accepter l’erreur, rester humble, essayer des choses et grandir au fur et à mesure. Même si ce n’est pas toujours parfait, nous devons agir pour rendre accessible des solutions qui ont du sens. L’avantage, c’est qu’il est aujourd’hui de plus en plus aisé de collaborer et de communiquer à l’international pour créer des synergies.
(Ilai Englard, Co-fondateur et PDG de Trellis)
Nous devons sortir des accusations individuelles pour que chacun puisse prendre ses responsabilités et commencer à agir. Nous devons constamment nous poser des questions et tirer des enseignements de nos expérimentations. Concernant l’intégration des petits producteurs et des freins économiques auxquels ils pourraient être confrontés, il faut noter que certaines solutions, en plus d’être plus économes, sont plus durables. C’est le cas des énergies renouvelables par exemple. Pour l’agriculture régénératrice, il y a également des programmes de financement qui permettent d’accompagner cette transition. L’émergence de ces nouvelles pratiques est donc possible.
(Katie Jackson, Vice-Président Développement Durable au sein de Jackson Family Wines)
A propos de Vinexposium
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