La province francophone du Canada a connu une explosion du nombre de micro-distilleries au cours des cinq dernières années, impulsées par l’engouement manifesté en faveur des gins, vodkas, brandies et d’autres spiritueux. Nous nous sommes entretenus avec Geneviève Laforest, agent de développement au sein de l'Union québécoise des micro-distilleries (UQMD).
Quelle est l’historique des micro-distilleries du Québec ?
"En réalité, c'est un secteur très jeune. La première micro-distillerie au Québec a vu le jour en 1998. Ensuite, il y a eu un grand vide jusqu'en 2016. Depuis 2016, 60 distilleries ont ouvert leurs portes. Il se manifeste un engouement pour les produits locaux, impulsé surtout par le secteur brassicole qui, à mon sens, a 10 ans d'avance sur les distilleries. Les gens se sont intéressés à la distillation de nos propres spiritueux."
Comment les spiritueux élaborés par les micro-distilleries du Québec reflètent-ils la province ?
"Leurs saveurs étant issues d’herbes aromatiques locales et de pommes de terre en passant par les algues, les spiritueux représentent une façon de mettre en bouteille le terroir ou l'environnement naturel du Québec. On y produit du gin et de la vodka. Les whiskies font leur apparition. Je pense que notre volonté est d’élaborer le meilleur whisky du monde."
Pouvez-vous nous donner une idée de l'échelle à laquelle les micro-distilleries opèrent ?
"En termes de volume, on ne peut pas parler d’industriel, mais plutôt d’un niveau artisanal. Nos micro-distilleries gagnent de plus en plus de parts du marché des spiritueux au Québec, tandis que les grandes marques voient leur part régresser légèrement."
Quelles sont les nouveautés présentées à l’occasion de Wine Paris & Vinexpo Paris 2022 ?
"Il y a une nouvelle catégorie de spiritueux baptisée Acerum. Acer signifie érable en latin. Nous employons de l'eau d'érable que nous faisons fermenter pour ensuite la mettre en fûts. En bouche, les saveurs s’apparentent légèrement à celles du rhum. La fermentation ressemble à celle de la canne à sucre, sauf que l’eau d’érable représente notre produit de base. C'est tout récent et on peut le déguster pendant le salon. Le potentiel à l’export est très important. Nous avons également déposé notre candidature pour accueillir le prochain Vinexpo Explorer en 2023."
Quelle part de la production des micro-distilleries québécoises est exportée ?
"L'exportation joue désormais un rôle moteur pour permettre aux distilleries de se développer et de diversifier leurs marchés. Elle permet aussi de valoriser l'agrotourisme local autour des distilleries, afin que les gens puissent venir acheter des produits locaux, des cuvées exclusives, sur place. Pour l’heure, les exportations sont très faibles, et représentent moins de 10% du marché. Nous en sommes à nos premiers balbutiements, mais nous exportons déjà au Japon, à Singapour, à l'Allemagne, à la France et aux États-Unis. Nous partons désormais à la conquête du monde. Si nous parvenons à multiplier nos exportations par deux au cours des cinq prochaines années, nous en serons ravis. Les perspectives de développement sur les marchés américains et européens nous paraissent positives. Il y a une camaraderie naturelle entre le Québec et la France, et nous souhaitons de tout cœur pénétrer le marché français."
Combien de personnes travaillent dans le secteur et quel est votre rôle ?
"On compte environ 300 à 350 emplois directs et environ 200 emplois indirects. Je suis agent de développement du secteur, donc je cherche à favoriser les exportations. Je joue un rôle fédérateur. Je réalise un travail de marketing et de promotion en faveur du secteur au Québec mais aussi à travers tout le Canada."