SYMPOSIUM « ACT FOR CHANGE »
DUO : « QUEL EST L’AVENIR DES GRANDS VINS ? »
Vidéo uniquement en anglais
INTRODUCTION
Les 20 et 21 juin 2022, professionnels et experts internationaux se sont réunis à La Cité du Vin à Bordeaux pour la deuxième édition du Symposium « Act for change ». Deux jours de débats pour décrypter les grandes évolutions et les impacts sur la production et la distribution des vins et spiritueux à l’horizon 2030. L’occasion de se retrouver pour échanger et pour mieux se préparer, ensemble, aux enjeux qui attendent le monde du vin dans les prochaines années.
Interrogé sur l’avenir des grands vins, Oliver Bernard a pu livrer son regard sur les évolutions qui attendent le secteur. Entre enthousiasme et réalisme quant aux défis à venir, le directeur du Domaine de Chevalier a insisté sur l’importance d’une réaction immédiate aux problématiques environnementales, tout en renouvelant sa confiance dans les consommateurs et les générations à venir pour célébrer les grands vins. Selon lui, l’avenir des grands vins sera proche de la nature ou ne sera pas.
INTERVENANTS
Durant cette session, Olivier Bernard, directeur du Domaine de Chevalier et ancien président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (2012-2019) a répondu aux questions de Xavier Rousset MS, restaurateur et fondateur de l’application TRADE.
THÉMATIQUE : QUEL EST L’AVENIR DES GRANDS VINS ?
UNE NOUVELLE DÉFINITION DU GRAND VIN, PORTÉE PAR DE NOUVEAUX ACTEURS INTERNATIONAUX
Un grand vin, c’est avant tout un vin qui n’en fait pas trop. Pour lequel la main de l’homme ne va pas trop loin, afin de laisser s’exprimer la nature. Ce qui distingue un bon vin d’un grand vin, c’est l’émotion qu’il procure. Nous ne faisons pas de grands vins par chance ; il y a une grande attention aux détails, une précision. Les grands vins sont capables de nous faire rêver d’un autre monde.
Ces 50 dernières années, nous avons pu constater une ouverture des grands vins sur le marché international. L’Italie, l’Espagne, l’Australie, l’Allemagne, ou encore l’Afrique du Sud, ainsi que de nombreux autres pays s’imposent désormais dans le secteur, et il y a une vraie demande.
Je pense qu’il est possible de faire de grands vins partout dans le monde, tant que nous nous adaptons à la vigne. C’est un équilibre à trouver ; le grand vin a besoin d’une longue maturation pour produire des tanins fins et élégants. On estime qu’il faut au minimum 120 jours entre la floraison et la récolte pour produire un grand vin. Il est donc important de respecter cette période, en fonction de son climat.
(Olivier Bernard, Directeur du Domaine de Chevalier et ancien président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (2012-2019))
UN ENJEU MAJEUR : LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SES IMPACTS
Aujourd’hui, nous saisissons l’importance de mettre le frein. Concernant Bordeaux, nous avons la chance de nous trouver ni trop au nord, ni trop au sud. Nous avons obtenu de grands millésimes sept années de suite ; un record ! Pour le moment, nous pourrions donc presque estimer que le dérèglement climatique est un atout pour Bordeaux. Mais, ne nous y trompons pas, le pire est encore à venir et nous devons être très vigilants. Concernant le merlot par exemple, nous allons devoir nous adapter. Dans les prochaines années, je suis certain que nous allons voir de nouveaux cépages émerger.
De manière plus générale, nous devons être plus sensibles au climat. Je suis aujourd’hui convaincu que la bio et la biodynamie sont le chemin à prendre. Et dans les années à venir, nous trouverons de nouvelles méthodes, de nouvelles solutions. Mais encore une fois, la vigilance est de mise et il sera nécessaire de nous adapter.
(Olivier Bernard, Directeur du Domaine de Chevalier et ancien président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (2012-2019))
LES ÉVOLUTIONS DU MARCHÉ, DU CONSOMMATEUR AU PRODUCTEUR
À titre personnel, en tant que consommateur, j’aime avoir de la diversité dans ma cave à vins et pouvoir me laisser guider par mes envies du moment. Je pense que c’est pareil pour de nombreux amateurs ; c’est pourquoi je ne crois pas vraiment à une uniformisation globale des profils.
Aujourd’hui, on peut être surpris de voir le prix de grands vins de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne augmenter, avec une pression incroyable. Mais c’est toujours le marché qui a raison ; s’il est prêt à payer plus cher, c’est qu’il y a une demande.
Les consommateurs sont de plus en plus experts. Je pense réellement que les réseaux sociaux et les moyens de communication actuels vont demander de plus en plus de dire ce qu’on fait, et de faire ce qu’on dit. Le « temps du bla bla » est révolu. À côté de cela, je crois qu’un grand vin, mis sur le marché à un prix raisonnable, trouvera toujours des consommateurs. Bien sûr, il peut y avoir des excès. Mais le monde des grands vins possède des valeurs profondes, enracinées dans la terre et la volonté des femmes et des hommes qui les font. Et j’ai confiance dans les consommateurs pour qu’ils se rendent compte de ces subtilités. C’est pourquoi l’œnotourisme est important. Nous avons besoin de nous rassembler, de voyager, d’aller à la rencontre des consommateurs partout dans le monde, pour être au plus près de ceux-ci. C’est une magnifique opportunité. Je suis donc plutôt confiant sur le futur des grands vins.
(Olivier Bernard, Directeur du Domaine de Chevalier et ancien président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (2012-2019))
FUTURES GÉNÉRATIONS ET FUTURS VINS
Le monde des grands vins est en évolution constante. Les vins d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les vins d’il y a vingt ans. Et ces mêmes vins n’ont rien à voir avec leurs prédécesseurs, et ainsi de suite. Le vin de demain sera plus fin, plus proche de la nature, plus respectueux de la terre… Nous aurons besoin de prêter attention à toutes les étapes de la production. Certaines régions historiques des grands vins vont devoir s’adapter, mais je crois en l’intelligence humaine. Des solutions seront trouvées, de nouvelles méthodes seront expérimentées. Il n’y a pas le choix. Je pense néanmoins que l’expérimentation est intéressante. Toutes les grandes régions du vin sont où elles en sont aujourd’hui parce qu’elles ont expérimenté. C’est pourquoi nous devons en faire de même pour demain. Mais nous devons d’abord maîtriser les fondamentaux, car il faut du temps et de la précaution pour révéler le potentiel d’un grand vin.
Dans notre château, j’ai la chance de pouvoir travailler avec mes fils, qui ont un autre regard. Les nouvelles générations ne voient pas les choses comme les nôtres, ou les précédentes. C’est certain qu’elles aiment le vin, qu’elles savent ce qu’elles veulent, et comment. Elles sont également plus sensibles à une philosophie proche de la nature. Dans leurs habitudes de consommation, elles boivent également plus de blanc, plus de rosé, et différemment. Pour les grands vins, c’est enthousiasmant d’aller sur ce terrain. Cela bouscule un petit peu les conventions. Nous ne buvons pas du vin par obligation, mais par plaisir. Le vin est pour moi synonyme de culture, d’échange, de partage… Et les nouvelles générations ont cette sensibilité.
(Olivier Bernard, Directeur du Domaine de Chevalier et ancien président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (2012-2019)) A propos de Vinexposium
Vinexposium est née de l’union de Vinexpo et du pôle vin de Comexposium et devient ainsi le premier organisateur mondial dédié aux vins et spiritueux avec un portefeuille d’événements emblématiques et reconnus et une offre digitale disponible 365 jours par an.