Viticulture et changement climatique : quelles conséquences ?
August 2, 2022Par Vinexposium
SYMPOSIUM ACT FOR CHANGE
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RESTITUTION#4
20 JUIN 2022
SYMPOSIUM « ACT FOR CHANGE »
TABLE RONDE : « VITICULTURE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE :
QUELLES CONSÉQUENCES ? »
(vidéo uniquement en anglais)
INTRODUCTION
Les 20 et 21 juin 2022, professionnels et experts internationaux se sont réunis à La Cité du Vin à Bordeaux pour la deuxième édition du Symposium « Act for Change ». Deux jours de débats pour décrypter les grandes évolutions et les impacts sur la production et la distribution des vins et spiritueux à l’horizon 2030. L’occasion de se retrouver pour échanger et pour mieux se préparer, ensemble, aux enjeux qui attendent le monde du vin dans les prochaines années. La session « Viticulture et changement climatique : quelles conséquences ? » faisait intervenir quatre intervenants impliqués dans la recherche ou à l’origine d’initiatives notables à travers le monde. Objectif : identifier les priorités en matière de changement climatique et aider les vignerons à mieux les anticiper.
INTERVENANTS
Le consultant international et journaliste spécialisé dans le vin Rupert Joy modérait le débat entre quatre intervenants : Marta Mendoça, responsable du Porto Protocol ; Jérémy Cukierman MW, Directeur de Kedge Wine School & auteur de « Quel vin pour demain ? » ; Gilles Brianceau, directeur Inno’vin et Nathalie Ollat, Directrice de recherche, EGFV (Unité Ecophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne – INRAE).
THÉMATIQUE : VITICULTURE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : QUELLES CONSÉQUENCES ?
PRINCIPAUX IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LA VITICULTURE
D’après une étude menée dans le Bordelais, la qualité du vin ne constitue pas la préoccupation principale, c’est plutôt la régularité de la production liée aux événements extrêmes comme les risques de gel qui inquiète. Il y a eu beaucoup d’épisodes de gel au cours de ces cinq dernières années, ce qui représente un problème pour le marché. Les viticulteurs ont besoin d’une production régulière. Les canicules et les sécheresses, constituent également un autre aspect du problème. Elles sont de plus en plus précoces et les baies vertes sont très sensibles à la chaleur. À Bordeaux, et contrairement au Sud de la France, le gel représente aujourd’hui le principal problème.
(Nathalie Ollat, Directrice de recherche, EGFV (Unité Ecophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne – INRAE))
Les conséquences du changement climatique impactent surtout le rendement de la production. La perte de rentabilité n’est pas une menace pour 2030, elle existe déjà aujourd’hui. Quand on interroge les vignerons, la moitié nous disent que le plus gros défi est de produire un vin plus léger avec moins d’alcool, facile à boire, et que c’est très difficile avec le changement climatique. Le changement climatique peut avoir un impact sur la typicité, mais il faut s’adapter selon le marché, selon les consommateurs.
(Gilles Brianceau, directeur Inno’vin)
LES PRODUCTEURS DE VIN DOIVENT S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Les typicités de chaque région viticole évoluent avec le climat. L’évolution des comportements va donc être essentielle dans les prochaines années, les régions viticoles vont devoir remettre en question leur façon de faire depuis des siècles. L’américain John Williams (Frog’s Leap, Napa Valley) illustre bien ce modèle de producteur qui s’éveille au changement climatique. Après les incendies en Californie, beaucoup de producteurs ont affirmé que le changement climatique était désormais une de leurs préoccupations majeures et ont commencé à modifier leurs pratiques. Il y a quelque chose qui devient crucial, c’est le partage. Nous devons penser en communauté pour partager les solutions qui existent, qu’elles soient tout près de chez nous ou à l’autre bout du monde. Même si chaque terroir a ses différences, l’adaptation passe par l’apprentissage auprès de ses pairs. Avec The Porto Protocol, on a pu voir que les gens se sentent seuls quand ils ont un défi à relever et que grâce à une plateforme comme la nôtre on peut s’inspirer les uns les autres, et se pousser à l’action.
(Marta Mendoça, responsable, The Porto Protocol)
À travers le monde, les viticulteurs trouvent des moyens de s’adapter au changement climatique. John Williams de Frog’s Leap produit des vins d’assez faibles teneur d’alcool et en PH ; il choisit certains porte-greffes, il est dans une démarche systématique. Dans la Napa Valley, ils utilisent des solutions pour ne pas gaspiller d’eau, par exemple. Dans le Roussillon et le Swartland, des zones très sèches, ils réussissent à produire des vins élégants en vendangeant plus tôt. Il y a des solutions à chercher ailleurs.
(Jérémy Cukierman MW, Directeur, Kedge Wine School & auteur de « Quel vin pour demain ? »)
Les évolutions sont rapides, mais peut-être pas aussi rapides que l’augmentation des températures. L’adaptation au changement climatique est un phénomène concomitant à d’autres évolutions comme la réduction des pesticides qui constitue un défi pour les rendements. Modifier les pratiques constitue une première réponse au gel, à la grêle, il existe des vignerons qui s’adaptent en modifiant leurs cépages ou avec une taille plus tardive, un système d’ombrage ou encore l’agrivoltaïsme. Mais ce n’est pas parce que cela marche quelque part que cela fonctionnera partout : c’est une alchimie qu’on doit trouver entre le cépage, le lieu, le climat… il faut du temps et de l’observation. La viticulture de précision peut permettre de surmonter certaines difficultés, il faut se servir des outils et des technologies. Nous sommes à un point charnière et l’expérimentation est essentielle.
(Gilles Brianceau, directeur Inno’vin)
LA RÉSILIENCE HUMAINE AU SERVICE DE LA VIGNE
La résilience humaine est essentielle face au changement climatique. La situation est urgente, mais il ne faut pas effrayer avec le vocabulaire utilisé. Les nouvelles générations doivent faire face à de grandes difficultés et il faut se concentrer sur l’incroyable résilience dont font preuve les acteurs du monde du vin. La résilience humaine est plus importante que la résilience des vignes. Par exemple, la courbe développée par Grégory Jones assurait qu’il n’y aurait plus de Pinot Noir en Bourgogne, aujourd’hui ce n’est pas le cas. On peut faire confiance au secteur du vin qui a surmonté beaucoup de choses au cours de son histoire. Il faut placer notre confiance dans les générations futures.
(Jérémy Cukierman MW, Directeur, Kedge Wine School & auteur de « Quel vin pour demain ? »)
Le secteur des vins et spiritueux est assez conscient du problème du changement climatique. Mais les professionnels ont besoin de soutien : l’adaptation coûte cher, il faut des moyens pour tester des solutions. On considère que la matière végétale est un gros levier de l’adaptation au changement climatique, notamment pour développer la diversité. Le porte-greffe peut aussi être très utile au moins pour l’adaptation à la sécheresse. Comme l’eau manque déjà et va devenir un problème important dans les vignes, toutes les solutions qui permettent d’éviter d’utiliser de l’eau doivent être utiliser. Les petites propriétés devraient travailler collectivement. Il y a 15 ans c’était difficile de parler de nouvelles techniques ou de faire évoluer les pratiques. On se basait sur la tradition, les choses n’avançaient pas très vite. Au cours des dernières années, tout le monde s’est mis à envisager l’évolution comme quelque chose de possible. Aujourd’hui, il faut être optimiste, car les gens sont convaincus de la possibilité du changement.
(Nathalie Ollat, Directrice de recherche, EGFV (Unité Ecophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne – INRAE))
LES DÉFIS À RELEVER POUR LE MONDE DU VIN DANS LES PROCHAINES ANNÉES ?
Le monde du vin devrait prendre le leadership sur la question du climat. Les viticulteurs ressentent l’impact du changement climatique au quotidien. Leur principal souci est de savoir comment va survivre leur activité demain, ils n’ont pas le temps d’élaborer une stratégie autour de la question climatique. Nous n’avons cependant pas besoin d’attendre qu’il y ait des réglementations qui existent pour éduquer les consommateurs. Nous sommes tous des consommateurs, nous devons tous nous informer sur le changement climatique.
(Marta Mendoça, responsable, The Porto Protocol)
Nous avons façonné et cultivé les vignes depuis des années, il faut réapprendre à cultiver les baies différemment, c’est un gros défi dans cet énorme secteur qui comporte de nombreux petits acteurs. En les réunissant autour de la table pour partager les bonnes pratiques. En rédigeant mon livre, c’était étonnant de voir tout ce qui a été fait partout dans le monde. Il y a urgence, mais il y a aussi beaucoup à faire. Le secteur du vin peut servir d’exemple en matière de durabilité. On peut tous être acteurs, notamment en consommant différemment, en consommant plus responsable. Il faut apprendre à consommer moins, mais mieux, être prêt à payer la qualité. Il faut que nous puissions donner les ressources aux producteurs pour qu’ils soient responsables. Il faut accepter qu’on ne doive pas produire du vin partout aussi. Certains endroits (en Australie ou en Californie, par exemple) ne sont pas adaptés à la production de vin. Il faut écouter les anciens et produire du vin dans les lieux adaptés. On doit aussi parler du changement climatique aux enfants, dès le plus jeune âge.
(Jérémy Cukierman MW, Directeur, Kedge Wine School & auteur de « Quel vin pour demain ? »)
Si je plantais des vignes aujourd’hui, je diversifierais au niveau des cépages, je ne planterais pas trop de merlot. Il faut que les gens soient conscients qu’il y a 100 ans il n’y avait pas beaucoup de merlot à Bordeaux. Cette quantité a beaucoup augmenté au cours du XXe siècle. L’idée aujourd’hui c’est de diversifier, il faut être optimistes, car la filière a toujours évolué, la façon de produire le vin et de le commercialiser a changé. Il faut réfléchir sur le plus long terme sur deux ou trois décennies.
(Nathalie Ollat, Directrice de recherche, EGFV (Unité Ecophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne – INRAE))
A propos de Vinexposium
Vinexposium est née de l’union de Vinexpo et du pôle vin de Comexposium et devient ainsi le premier organisateur mondial dédié aux vins et spiritueux avec un portefeuille d’événements emblématiques et reconnus et une offre digitale disponible 365 jours par an.